Hypnagogie Rimond abstrait Hypnagogie Rimond abstrait Hypnagogie Rimond abstrait Hypnagogie Rimond abstrait
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Hypnagogies, 2007

Lambda print, limited edition of 8 +2 AP.



(Hypnagogique : Se dit d’images, de visions qui se produisent durant la période d’endormissement et qui, par leur netteté ou leur vivacité, donnent un sentiment de réalité qui surpasse celui de la perception.)

                                                                                                                 
-Par Michael DUMONT, Galerie KH15, Berlin 2010.


Hypnagogies est une série marquante par sa chromatique inhabituelle (ton bleuté brun, profond et nocturne de la radiographie) et par la dissolution de la matière photographiée.

Le surgissement de formes indécises, non référentielles, rapproche cette série des photogrammes (Fox Talbot) ou des rayogrammes (Man Ray) du début du XXe ou bien des expériences visuelles lumineuses de Moholy-Nagi. On peut encore penser à Raymond Hains (série hypnagogique des années 50), mais aussi à la tentation d’une photographie pure (Weston) et plus globalement à la tentation abstraite lyrique qui traverse tout l’art du XXe siècle.

La série se distingue de la production contemporaine dominée par la chronique intime, le réalisme froid ou critique, l’imaginaire post-human et le retour documentaire ou la fiction-documentaire.

Hypnagogies rappelle par ailleurs à quel point la photographie est peut-être bien l’image montrée dans son papier borné et sa surface plane mais qu’elle est aussi le récit sous-jacent de l’expérience dont elle procède et du temps/geste de sa capture.

Les circonstances particulières dans lesquelles Patrick Rimond a vécu puis capturé ces images méritent une évocation : c’est obsédé par un lieu devant lequel son chemin le mène quotidiennement, que l’artiste s’est incliné, penché sur son sujet jusqu’à en extraire cette matière à proprement parler étrange, fantastique ou surréelle qui lui parût enfin en coïncidence avec l’émotion ressentie, ou qui pût même le soulager de l’émotion obsessionnelle et irritante.

On peut parler d’une expérience individuelle intense rattachée à la difficulté de saisir le réel mais aussi de se placer soi-même au cœur de ce réel. Moins que ce à quoi l’on se cogne (Lacan), le réel apparaît enfin comme ce qui n’existe pas sans le regard et dont la notion n’existe pas en dehors de l’esprit humain. Le réel apparaît surtout comme une condition d’épiphanie pour la conscience individuelle et, en cela, suscite infiniment le trouble humain d’être là, et d’y être voyant…

On évoquera rapidement les deux axes précédents du travail de Patrick Rimond :

- les portraits nus, où la présence de l’autre, radical, pur, sans histoire, parfait, est saisie/dessaisie : présence ou abcense ?

- les paysages (absolute landscapes ou projection ou regard sur soi) dont la définition géométrique, la douce absurdité, la vacuité étrange font palper l’ironie : vide ou plein ?

De toute évidence déjà, d’une manière apparemment plus figurative et plus construite mais non moins symbolique, ces travaux relayaient une recherche extrêmement personnelle et cette visée spirituelle : en quoi le regard (et seulement lui) me constitue-t-il ?

Le titre d’Hypnagogies agit comme un révélateur : s’il est suggéré que ce sont là des images jaillies d’entre le rêve et la réalité, jaillies d’une chambre obscure dont on peut dire qu’elle est celle d’un certain éveil, n’est-ce pas que ces images, n’étant que le souvenir de quelque chose (ou mieux : l’entre-vu) sont rien ?

L’intensité que nous trouvons dans l’œuvre de Patrick Rimond joue de cette ambiguïté délirante : affirmation/négation dont la série Hypnagogies est à  nos yeux l’accomplissement en un contrepoint et une déliaison signifiante.

Le réel n’est rien, l’image n’est rien, l’autre n’est rien – que l’expérience qu’on en fait, renouvelée et abîmée et à redéfinir en chacune de ces occurrences.

Le réel n’est rien que nos surgissements répétés de conscience dont la photographie (écriture de la lumière) révèle les élans, la structure et la sentimentalité. Dont elle écrit plus qu’elle ne les décrit les empreintes et dont elle laisse une trace tangible.

Nous souhaitons que le spectateur trouve comme nous dans ces images l’occasion de cette lucidité paradoxale : hésitant quant à l’origine, indécis quant à la destination. N’est-ce pas la définition seule et possible et éclairée du vivant ?

 

 

- Introduction of exhibition catalogue by SABINA CZAJKOWSKA, Galeria O.N., Poznan, Poland . (eng) 2007


Patrick Rimond is an observer. One may say that his photographic research takes the form of “a set out” for an encounter with the world. Curiosity, openness to all sorts of impulses coming to the artist from the outside world (noted and recognized rationally but also, or maybe above all, absorbed subconsciously), as well as trust to one’s visual intuition and finally taking the risk to “simply” release the camera’s shutter are the indispensable conditions for being the observer. Whether the photographs are portraits, where Patrick goes out to meet a stranger, the “other” (with all the consequences to this, including the fact that he himself is a stranger towards the person in front of the camera) and embraces the essence of the encounter and the presence and “being” of the other human before us in a portrait’s strong form, or whether they are landscapes, especially urban, where seemingly nothing is going on and yet they hypnotise us by the form and intrigue by the unspoken but perceptible strangeness – his photographs will always be a registration of the longing for the encounter. Coming forward and ceaseless readiness to accept everything that occurs in the field of one’s perception and experience are with no doubt the conditions of a good encounter. Modern environment of our lives is a very dense, sophisticated space, where the proliferation of images, sounds, happenings, moves and transfers might be even oppressive. Seemingly ordinary impulses (not only visual) coming from the reality are what teases senses and mind and encourages an automatic reaction, in this case an urge for photographic registration. Patrick Rimond’s newest series of photographs are registrations of a sort of hypnagogic vision, an unconscious set of impulses, which enclosed in a form of an image might give an idea of the source for the fascination with the place, its form, life and atmosphere. Photography might be, as a registration of that encounter, a kind of an image transcription which reveals the moment, a glimpse of a thought, some inscrutable reason for activating the artist’s subconscious in front of the reality.
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Introduction du catalogue de l'exposition, Galeria O.N., Poznan, Poland de Sabina Czajkowska. (fr)

Patrick Rimond est un observateur. On peut dire que ses recherches photographiques consistent à chaque fois à "partir à la rencontre" du monde. La curiosité, l’ouverture à tous les signaux que l’artiste reçoit (ceux qui sont perçus et reconnus rationnellement mais aussi, et surtout, ceux qui sont absorbés par l'inconscient), autant que la confiance en une intuition visuelle et que finalement la prise du risque pour "simplement" relâcher le déclencheur, sont indispensables pour être ledit observateur. Que ce soient les portraits dans lesquels Patrick va à la rencontre "d’une personne inconnue", "d’un autre" (avec toutes les conséquences qui en découlent, y compris le fait que lui-même est aussi perçu comme "un autre" par la personne qui est devant son appareil photo) où il se concentre sur l'essence de la rencontre, de la présence et de "l'être" de l'humain dans une forme forte de portrait, ou que ce soient les paysages, surtout les paysages urbains, dans lesquels en apparence rien ne se passe mais qui hypnotisent par leurs formes, intriguent par une non dite mais perceptible étrangeté, les photographies sont toujours un enregistrement de l’envie de rencontre. Pour qu’une rencontre soit réussie, il faut sans doute la chercher, être toujours prêt à recevoir tout ce qui apparaîtra dans notre champ de perception et de sensation. L’environnement de l’homme d’aujourd’hui constitué d'un espace dense, compliqué, avec une multitude d’images, de sons, d’évènements, de mouvements et de transferts, peut s’avérer oppressif. Les stimulants extérieurs (et pas seulement visuels) venant d'une réalité apparemment ordinaire piquent les sens et l’esprit de l’artiste provoquant une réaction automatique, dans ce cas une urgence d'enregistrement. La série la plus récente de Patrick Rimond est l'enregistrement photographique d’une vision hypnagogique, d’un ensemble de stimuli inconscients, dont la présentation sous forme d’image donne une idée sur la source de fascination, la fascination obsessive pour un lieu, sa forme, sa vie et son ambiance. Une photographie en tant qu’enregistrement de cette "rencontre" peut être une sorte de transcription sous forme d’image qui dévoile un moment, une pensée volatile insaisissable, une source indevinable d’activation de l'inconscient de l’artiste en face d’une rencontre avec la réalité.
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(pl)

Patrick Rimond jest obserwatorem. Można powiedzieć, że jego poszukiwania fotograficzne to każdorazowe „wyprawianie się” na spotkanie ze światem. Ciekawość, otwartość na wszelkie sygnały dochodzące do artysty (notowane i rozpoznawane racjonalnie, ale też – może przede wszystkim – absorbowane podświadomie), zaufanie swego rodzaju intuicji wizualnej i podjęcie ryzyka, czyli „po prostu” zwolnienie migawki to warunki niezbędne do bycia owym obserwatorem. Czy będą to portrety, w których Patrick wychodzi naprzeciwko obcej osoby, „innego” (z wszelkimi tego konsekwencjami, łącznie z tym, że sam wobec osoby przed aparatem jest także „innym”), zawierając w mocnej formie esencję „spotkania” i obecności i „bycia” innego człowieka wobec nas. Czy będą to pejzaże, a zwłaszcza pejzaże miejskie, w których pozornie „nic się nie dzieje”, lecz one swoją formą hipnotyzują, intrygują nieopisywalną a odczuwalną jedynie niesamowitością – jego fotografie będą zawsze zapisem pragnienia „spotkania”. Warunkiem udanego spotkania jest niewątpliwie wyjście naprzód, nieustanna gotowość przyjęcia wszystkiego, co się zjawi w polu percepcji i doznania. Współczesne środowisko życia człowieka jest przestrzenią gęstą, skomplikowaną, gdzie wielość obrazów, dźwięków, zdarzeń, ruchów i przemieszczeń może być nawet opresyjna. Pozornie zwyczajne bodźce (nie tylko wizualne) docierające z rzeczywistości stają się tym, co podrażnia zmysły i umysł artysty, zachęca do automatycznej reakcji, w tym wypadku – rejestracji. Najnowsza seria prac Patricka Rimonda to zapis fotograficzny swego rodzaju wizji hipnagogicznej – nieuświadomionego zbioru bodźców – której uchwycenie w formie obrazu może dać jakieś pojęcie o źródle fascynacji. Obsesyjnej wręcz fascynacji miejscem, jego formą, życiem i atmosferą. Fotografia może być - jako zapis owego „spotkania” – czymś w rodzaju transkrypcji w formie obrazu odsłaniającej moment, nieuchwytne mgnienie myśli, nieodgadnione źródło aktywacji podświadomości artysty wobec spotkania z rzeczywistością.
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